21 octobre 2017

The Falls (Les Chutes)

Décidément Joyce Carol Oates semble bien se prêter aux clubs de lecture...  Je dois mon premier contact avec cette écrivaine américaine au Blogoclub, c'était avec We Were the Mulvaneys et ça avait été un gros coup de coeur.  Et là, c'est une lecture commune avec les copains du Guide de la bonne lecture qui m'a donné l'occasion de ces retrouvailles.

The Falls, c'est avant tout l'histoire d'une femme issue d'une famille puritaine dont le premier mari se suicide en se jetant dans les chutes du Niagara le lendemain de leur nuit de noces, ce qui, on s'en doute, la marquera pour le restant de ses jours et affectera sa relation avec son deuxième mari ainsi qu'avec ses trois enfants, notamment l'aîné dont la paternité est incertaine.

Ce que j'ai aimé surtout dans ce roman, c'est l'ambiance de la ville de Niagara Falls: la description des chutes elles-mêmes, les hôtels de luxe (de moins en moins luxueux au fil des décennies), le grondement et l'humidité des chutes qu'ont ressent à des kilomètres à la ronde, les chutes qui sont vraiment un personnage de l'histoire, un genre de démon mythique qui attire et rend fous ses fidèles; et surtout l'effet du développement industriel sauvage qui rend inhabitable une partie de la région -- inhabitable mais pourtant habitée.  On est bien loin de la vision idyllique présentée aux touristes!

Contrairement à ce qui se passait dans We Were the Mulvaneys, ici on plonge directement dans le drame dès le début, et c'est là selon moi que le bât blesse.  On n'a pas le temps de s'attacher aux personnages avant que tout bascule.  Donc on peut être fascinée par les manifestations de la folie qui touche cette famille qui se croit maudite, mais on ne se sent pas concerné directement.

Par contre, je dois dire que j'aime beaucoup la plume de Oates.  Elle fait confiance à ses lecteurs, elle ne nous livre pas tout, tout cuit dans le bec mais nous laisse faire un bout de chemin par nous-mêmes.  (Ce qui peut tout de même être dangereux...  Le passage de la «Dame en noir» dans le cimetière m'a laissée perplexe et a bien failli me faire décrocher tellement il me semblait en rupture de ton avec le reste!)  C'est donc une auteure que je relirai avec plaisir, peut-être lors d'un autre club de lecture?


The Falls de Joyce Carol Oates, 2004, 481 p.  Titre de la traduction française: Les Chutes.

06 octobre 2017

Dernier inventaire avant liquidation

Je crois qu'en Europe Beigbeder est une figure incontournable des média; ici il est beaucoup moins connu en tant que personnalité publique, ce qui m'a permis d'aborder sans trop d'a priori ce petit bouquin.  (J'avais seulement détesté le film 99 Francs tiré d'un de ses romans, abandonné après une demi-heure, mais je ne l'ai pas retenu contre lui...)

En cinquante chroniques (qui ressemblent assez à des billets de blogue littéraire, finalement!), Beigbeder nous livre ses impressions des cinquante livres marquants du XXe siècle tels que choisis lors d'un sondage organisé par les librairies FNAC et le journal Le Monde, choix assez subjectif, voire biaisé, puisque fait à partir d'une liste de deux cents œuvres préalablement établie par des libraires et des critiques. 

Avec beaucoup d'humour et d'auto-dérision, Beigbeder nous parle de chacun de ces livres (pas tous des romans, il y a quelques essais et même des bandes dessinées) et ne se gêne pas pour critiquer certains des choix des lecteurs.  Comme il l'a souligné, on peut penser que ceux qui ont élu l'Ulysse de Joyce ne l'avaient peut-être pas tous lu, et que Le Nom de la Rose d'Eco, aussi bon soit-il, doit en partie sa 12e position à la popularité du film.  Il est assez dur avec certains des auteurs (disons qu'Autant en emporte le vent, ce n'est pas sa tasse de thé! Et il n'a clairement pas aimé Paroles de Prévert autant que moi...) et on peut être d'accord avec lui ou pas, c'est justement ce qui fait l'intérêt de cet exercice.  Il m'a donné le goût de découvrir certains livres dont j'avais peu entendu parler (Sous le soleil de Satan de Bernanos, je ne connaissais que le film de Pialat, que je n'ai pas vu d'ailleurs) ou d'en relire d'autres (Cent ans de solitude!).

Par contre, soyez avertis,  il ne se retient pas de divulgâcher à tour de bras (au moins il nous avertit avant de révéler l'identité de l'assassin dans Le Meurtre de Roger Ackroyd, politesse que n'avait pas eu le Robert des noms propres dans l'article sur Agatha Christie qui m'a empêché à tout jamais d'apprécier ce classique des classiques du polar comme il se devrait).  J'ai donc sauté quelques chapitres sur des œuvres que j'ai l'intention de lire plus ou moins prochainement (Proust, Buzzati, Hemingway).


Dernier inventaire avant liquidation de Frédéric Beigbeder, 2001, 223 p.



28 septembre 2017

L'Apothicaire

Ambivalente par rapport à ce bouquin...  J'ai vraiment beaucoup aimé le côté historique: la description du métier d'apothicaire au Moyen-âge, celle des lieux visités dans ce qui est un genre de road novel (on voyage sur le chemin de Compostelle puis jusqu'au au Moyen-Orient!)...

Le côté ésotérique m'a moins convaincue, sans que je sache trop pourquoi, en fait.  Je n'y ai tout simplement pas cru!  Je suis dans la vie plutôt rationelle, mais j'aime bien, le temps d'une lecture, mettre un peu cette faculté de côté et penser que oui, les fantômes, les démons ou toute autre créature mythique peuvent exister.  Ici, cette histoire de mystérieux livre, ces gens qui disparaissent des mémoires ça n'a pas fonctionné, pas à 100% en tous cas.  Quoique la fin soit assez bien trouvée, je dois dire. Je n'ai pas adhéré non plus au complot politique, dont le fondement m'a semblé bien mince et qui est plus un prétexte au départ du héros. 

Quant à la plume de Lœvenbruck, elle est correcte malgré quelques tics.  Les formes de langage moyenâgeuses, dans les dialogues c'est chouette, dans la narration ça l'est moins puisque cela alourdit inutilement le récit. J'ai aussi noté quelques incohérences (un sage fait promettre à  l'apothicaire qu'il partira dès qu'il aura fini son récit, sans poser de questions; or, une fois que le sage a fini, l'autre pose une dizaine de questions et le sage y répond patiemment!) et des faits laissés sans explication.  Ainsi pourquoi la jeune Aalis, fille de drapiers, sait faire des choses (sculpter le bois, construire un muret de pierres) comme si elle avait fait cela toute sa vie, alors que c'est la première fois?

Donc je recommande surtout ce livre aux amateurs de romans historiques, qui seront comblés.


L'Apothicaire de Henry Lœvenbruck, 2011, 603 p.

23 septembre 2017

Marius

«Quand on fera danser les couillons, tu ne seras pas à l'orchestre!»

Quel plaisir de retrouver Pagnol, que j'avais tant aimé dans Jean de Florette, Manon des sources et surtout dans ses mémoires (La Gloire de mon père et ses suites).  Son humour, son amour pour ses personnages, ses dialogues qu'on ne peut s'empêcher d'entendre «avé l'acceng» si délicieux.  Moi qui lis peu de théâtre, j'ai vraiment adoré cette pièce, qui raconte pourtant une histoire toute simple.  Je crois avoir déjà vu une scène du film qui en a été tiré, celle, hilarante,  où César triche aux cartes: «Tu me fends le cœur!» La fin est touchante, et j'ai déjà hâte de lire la suite pour savoir ce qui va arriver à Fanny!


Marius de Marcel Pagnol, 1929, 186 p.

22 septembre 2017

The Book of Lost Things (Le Livre des choses perdues)

Dans le Londres de la Deuxième Guerre mondiale, traumatisé par la mort de sa maman,  affligé d'une belle-mère et d'un demi-frère braillard, un adolescent se trouve transporté dans un monde fantaisiste.

J'ai d'abord eu un peu de misère à accrocher à ce roman de John Connolly, une revisite des contes de notre enfance, car je croyais que ce serait humoristique.  C'est du moins l'impression que m'avaient laissée les nombreux billets dithyrambiques que j'ai lus il y a quelques années*.  Or, si quelques passages sont en effet fort amusants (les sept nains communistes qui ont tenté d'empoisonner Blanche-Neige!), l'ensemble est plutôt noir, en fait.

Une fois l'ajustement mental effectué, je me suis prise au jeu et j'ai pu vraiment apprécier l'imagination débordante et un peu tordue de Connolly, et les nombreuses références aux contes de notre enfance ainsi qu'à d'autres œuvres (le chevalier Roland, tiré du poème de Robert Browning, et sa quête vers la tour de la Belle au bois dormant, c'est sûrement un clin d’œil à Stephen King!)  et oui, j'ai même versé quelques larmes à la fin.  Par contre, je n'ai pas été emballée par la plume de l'auteur, que j'ai trouvée un peu lourde.  Les répétitions de «David fait ceci, David pense cela», c'est sans doute pour recréer le styles des contes de fées, mais j'ai trouvé que cela desservait le récit, en fin de compte.

J'ai lu dans le catalogue de la bibliothèque municipale qu'il y avait deux versions de ce roman, une pour adultes, celle à couverture bleue (celle que j'ai lue), et une plus édulcorée, à couverture rouge.  Mais je n'ai pu valider cette information  nulle part, pas même sur le site de l'auteur.  Quelqu'un a de l'information là-dessus?


*P.S. Je viens de relire le billet de Karine de 2008, et je ne sais pas d'où me vient cette idée de drôlerie mais ça ne vient pas de chez elle!  Elle fait très bien ressortir le côté sombre, voire cauchemardesque,  du roman.


The Book of Lost Things de John Connolly, 2006, 339 p.  Titre de la traduction française: Le Livre des choses perdues.

12 septembre 2017

Marie-Antoinette

Il y a quelques années, Zweig avait connu une vague de popularité chez plusieurs blogueuses que j'aime beaucoup (coucou Karine, Jules, Keisha etc!), mais comme ça arrive parfois quand on place la barre haute, j'avais été un peu déçue par Vingt-quatre heures de la vie d'une femme.  Je m'étais dit que je tenterais le coup de nouveau quand la poussière serait un peu retombée, et une lecture commune organisée sur le forum du Guide de la bonne lecture vient de m'en donner l'occasion avec cette biographie de Marie-Antoinette.

Et je ne regrette pas de l'avoir saisie (l'occasion, pas Marie-Antoinette) puisque j'ai adoré!!!  On en beau savoir comment ça finit, c'est absolument palpitant! Par bouts on se croirait dans un Alexandre Dumas tellement c'est rocambolesque! D'ailleurs je crois que plusieurs épisodes de cette histoire ont inspiré Dumas: l'affaire du collier, les tentatives d'évasion, etc.  Vraiment, une telle vie, ça ne s'invente pas!

Et si je n'avais pas tant que ça apprécié la plume de Zweig la première fois, ici j'ai été épatée!  Des descriptions à couper le souffle, une analyse psychologique fine, et tout ça avec une élégance!  (Bon, il faudrait que j'arrête avec les points d'exclamation, les autres signes de ponctuation commencent à protester...)

Maintenant la question est: je continue dans les biographies (Mary Stuart, Balzac?) ou je donne une deuxième chance aux romans?


Marie-Antoinette de Stefan Zweig, traduit de l'allemand, 1932, 506 p. pour l'édition de poche.  Titre de la version originale: Marie-Antoinette.

05 septembre 2017

Chien blanc

Un peu déçue que le chien du titre ne soit finalement pas tant que ça le sujet mais plutôt seulement le point de départ de ce récit autobiographique de Romain Gary, qui parle surtout de ses expériences en Californie durant la lutte pour les droits civiques et les révoltes qui ont suivi l'assassinat de Martin Luther King en 1968. Je savais que le chien blanc du titre est un chien dressé pour s'attaquer aux gens de race noire, mais je croyais que le roman porterait surtout surtout sur sa rééducation.

Favorable à la cause des Noirs, Gary n'hésite cependant pas à relever les contradictions des leaders de la cause et décrit les guerres intestines entre les différents groupuscules, certains étant infiltrés par des taupes et des agents provocateurs.  Il avait d'ailleurs lui-même été mis sous écoute car sa femme, l'actrice Jean Seberg, était directement impliquée dans la lutte.

Une lecture fort intéressante (une fois résigné qu'on ne verra pas tant que ça le pitou) car toujours brûlante d'actualité (on n'a qu'à penser aux émeutes de Black Lives Matter l'an dernier et à la montée récente des suprémacistes) et en même temps un peu déprimante justement parce qu'encore d'actualité!  En plus, la fin est triste, même si elle comporte tout de même une lueur d'espoir.


Chien blanc de Romain Gary, 1970, 219 p.